LETTRE OUVERTE À LA FAMILLE LUMUMBA, PARTICULIÈREMENT À JULIANA LUMUMBA ET À JEAN-JACQUES LUMUMBA
Chère Juliana, cher Jean-Jacques Lumumba, Je vous écris avec le cœur lourd, en tant que citoyenne congolaise profondément préoccupée par le destin de notre pays. Si je vous interpelle aujourd’hui, c’est parce que vous portez un nom qui dépasse votre famille : celui de Patrice Emery Lumumba, notre héros national, qui a donné sa vie […]
Joel Konde
23 octobre 2026 · 4 min de lecture

Chère Juliana, cher Jean-Jacques Lumumba,
Je vous écris avec le cœur lourd, en tant que citoyenne congolaise profondément préoccupée par le destin de notre pays. Si je vous interpelle aujourd’hui, c’est parce que vous portez un nom qui dépasse votre famille : celui de Patrice Emery Lumumba, notre héros national, qui a donné sa vie à seulement 35 ans pour la liberté, la dignité et la souveraineté du Congo.
Juliana Lumumba, je suis profondément désolée de voir votre engagement se tourner vers la course aux postes et aux responsabilités au sein de la Francophonie, que je considère comme l’un des instruments de l’influence impérialiste. Pendant que notre pays est déchiré par la guerre, que des familles sont endeuillées et que des enfants grandissent dans la souffrance, vous semblez davantage préoccupée par les fonctions que vous pourriez occuper que par les cris de détresse de notre peuple.
Pensez-vous sincèrement que Patrice Emery Lumumba serait fier de vous voir vous battre pour des postes au sein d’institutions qui prolongent, à mes yeux, les mécanismes d’influence impérialiste qu’il combattait ? Serait-il fier de vous voir évoluer aux côtés de Félix Tshisekedi, alors que sa gouvernance, ses choix politiques et ses alliances suscitent tant de questions et de critiques ? Votre père s’est battu pour que le Congo cesse d’être sous la domination des puissances extérieures. Son héritage mérite mieux que le silence devant la souffrance de son peuple.
Jean-Jacques, je m’adresse maintenant à toi. Je me souviens très bien de notre rencontre sur le plateau de l’émission Funérailles de Tabou, où nous étions tous les deux invités. Tu m’avais confié ton désir de faire de la politique. Je me souviens aussi de ton combat contre la corruption sous Joseph Kabila, des dénonciations qui t’ont conduit à l’exil et du courage qu’il fallait pour prendre la parole à cette époque.
Mais aujourd’hui, une question me bouleverse : où est passée cette voix qui dénonçait la corruption hier ? Pourquoi ce silence face aux controverses, aux accusations de corruption et aux scandales qui entourent aujourd’hui le pouvoir de Félix Tshisekedi ? Pourquoi cette indignation semble-t-elle s’effacer dès lors qu’il s’agit d’un pouvoir dont tu pourrais te rapprocher politiquement ?
On ne peut pas dénoncer la corruption lorsqu’elle concerne un camp et se taire lorsqu’elle touche un autre. On ne peut pas prétendre servir le peuple tout en sacrifiant ses convictions sur l’autel des ambitions personnelles. La lutte contre la corruption doit être une conviction, pas un instrument politique à géométrie variable.
Chers Juliana et Jean-Jacques, le nom de Lumumba n’est ni un fonds de commerce politique ni un passeport pour accéder aux privilèges du pouvoir. C’est un héritage lourd de sacrifices, de sang et d’espérance. Votre père n’a pas donné sa vie pour que son nom serve de parure à des ambitions personnelles pendant que le peuple congolais continue de souffrir.
Aujourd’hui, l’Est de notre pays est meurtri par la guerre, des familles sont déplacées, des femmes et des enfants subissent les conséquences des violences, et notre souveraineté est gravement menacée. Comment peut-on porter le nom de Lumumba sans être profondément bouleversé par cette tragédie ? Comment peut-on se réclamer de son héritage sans élever la voix lorsque le Congo souffre ?
Je ne vous demande pas de partager toutes mes opinions. Je vous demande de regarder notre peuple en face et de vous interroger sur ce que vous faites de cet héritage. Être les descendants de Lumumba est une filiation ; défendre ses convictions est un choix. Et ce choix se démontre par les actes, le courage et la cohérence, pas simplement par un nom.
Pour ma part, je suis une militante pour la paix et pour la cause de la RDC. Je ne fais pas de la politique politicienne : je fais de la politique avec mon cœur, parce que derrière chaque décision, chaque compromission et chaque silence, il y a des vies humaines. Je veux un Congo libre, juste et souverain, libéré des chaînes de l’impérialisme et des dirigeants qui placent leurs intérêts au-dessus de ceux de la nation.
Ni Kabila, ni Nangaa, ni Tshisekedi, ni personne ne doit être au-dessus de la critique. Le Congo appartient au peuple, pas aux familles politiques, aux clans ou aux individus.
Chère Juliana, cher Jean-Jacques, je vous interpelle parce que l’histoire ne vous jugera pas uniquement sur le nom que vous portez, mais sur ce que vous aurez fait de cet héritage pendant que votre peuple souffrait.
Patrice Emery Lumumba est mort à 35 ans, mais son combat appartient encore aux générations qui refusent de voir leur pays humilié, exploité et déchiré. Ne transformez pas cet héritage en simple symbole. Faites-en une responsabilité.
Le peuple congolais n’a pas besoin d’héritiers de nom qui se contentent de bénéficier du prestige d’un héros. Il a besoin de femmes et d’hommes qui osent défendre ses convictions, même lorsque cela coûte des postes, des privilèges ou des alliances politiques.
L’héritage de Lumumba ne se porte pas seulement dans le sang : il se porte dans le courage de défendre le peuple, même contre ceux qui gouvernent.
Zenobita Manganga Militante pour la paix et pour la cause de la RDC
Article importé depuis Afrique Direct News