BALUBA, HIER ET DEMAIN: Aux origines du peuple luba
Par MUAMBAYI correspondant sur Afriquedirectnews En kiluba ancien, l’une des multiples versions de la langue du peuple luba, on dit : « Bulubà ì bukàta. Kilubà ì Kingi. Bonso ì Balubà. » En terre luba, au Kasaï, ce dicton se dit : « Bulubà m’bukàta. Cilubà n’cingi. Bonso m’Balubà. » En français, ce riche dicton […]
Joel Konde
22 octobre 2026 · 6 min de lecture

Par MUAMBAYI correspondant sur Afriquedirectnews
En kiluba ancien, l’une des multiples versions de la langue du peuple luba, on dit :
« Bulubà ì bukàta. Kilubà ì Kingi. Bonso ì Balubà. »
En terre luba, au Kasaï, ce dicton se dit :
« Bulubà m’bukàta. Cilubà n’cingi. Bonso m’Balubà. »
En français, ce riche dicton se traduirait ainsi :
« La lubaïté est noble. La langue luba a plusieurs versions. Mais tous sont Luba. »
À l’apogée de sa gloire, le Nsànga à Lubangu, communément appelé « Empire luba » par les colonisateurs, s’étendait :
- D’est en ouest : de Kigoma, sur le lac Tanganyika, jusqu’à Benguela, sur l’océan Atlantique.
- Du nord au sud : du fleuve Sankuru, à la lisière méridionale de la forêt équatoriale, jusqu’au fleuve Zambèze, en Zambie.
Ce vaste empire suscitait la jalousie des colonisateurs, qui se sont empressés de le dépecer en chefferies.
Ce sage dicton, hérité de nos ancêtres, résume à lui seul le grand peuple luba, son pays et sa splendide culture, véhiculée par la langue luba.
Malgré cette clarté, il existe des individus mesquins, habités par un esprit de félonie, véritables ennemis du peuple luba cachés dans ses rangs. Ayant pour mission d’empêcher l’union du peuple luba, rempart de l’unité du Kongo, ils font le jeu des colonisateurs et nagent à contre-courant pour saper cette union sacrée.
À vrai dire, ces troubadours, qui méritent la colère de nos ancêtres et celle de notre Dieu, ne comprennent rien aux réalités luba.
Affirmer que les Luba Lubìlànjì ne se sont jamais eux-mêmes appelés « Luba » et que cette appellation leur a été attribuée par les colonisateurs belges est une AFFIRMATION VRAIE ET VALABLE POUR TOUS LES LUBA ET À TOUTES LES ÉPOQUES, sans exception, où qu’ils se trouvent sur l’étendue du grand Kongo.
Vers le XVIe siècle, lorsque le Songe Kongolo Muamba a conquis les chefferies pour fonder son État, il ne l’a pas appelé « Luba ». Il a abandonné le nom « Nsamba » pour l’appeler « Nsànga Katòtò » : l’État jeune, dont les vestiges se trouvent aujourd’hui près de Bukama.
De même, le peuple qu’il gouvernait ne s’appelait ni « Luba » ni « Baluba ». Les hommes étaient désignés selon leurs castes professionnelles, par exemple les Bakalanga, les Bakunda, etc., et non selon l’ethnie ou la tribu, notions anthropologiques tardives introduites par les colonisateurs.
Le mot « lubà », qui signifie « noblesse » en kiluba ancien, a mis du temps à désigner ce grand peuple, sa langue et sa culture.
En réalité, selon l’auteur, ce mot aurait une origine ancienne, avant de s’être fixé en Afrique subsaharienne et australe. Il y évoque les notions suivantes : meilleure partie d’une chose, crème de la crème, noyau, milieu, centre, intelligence, noblesse, élite, essence, quintessence, subtilité, sublimité…
Avant de parvenir chez nous, dans la vallée du Lualaba, le mot « luba » est passé par l’Éthiopie, chez les Oromo, où il conserve le sens d’« aristocratie ».
En kisonge, la langue de Kongolo Muamba, fondateur de l’Empire luba, ceux que l’on appelle « Baluba » sont les « Ba-Matshikala », c’est-à-dire les initiés : les hommes de la mouvance du roi. En termes modernes, cela correspond au patriciat, à la féodalité, à l’aristocratie, à la noblesse ou à l’élite de la cité.
Lorsque le jeune Kalààlà Ilunga Mbidi est entré en dissidence contre son oncle Kongolo Muamba, les partisans de chaque camp étaient appelés « Baluba ba Kongolo » pour les uns et « Baluba ba Ilunga Mbidi » pour les autres, c’est-à-dire les nobles de l’un et les nobles de l’autre.
Après sa victoire sur son oncle, Kalààlà Ilunga Mbidi s’est employé à agrandir son pays. Le Nsànga Katòtò de Kongolo Muamba est devenu le Nsànga à Lubangu : l’État providentiel. Le royaume est devenu un empire.
Lorsque les colonisateurs belges sont arrivés dans l’Empire luba au XIXe siècle, ils ont trouvé un conflit de succession entre deux frères : Kasongo à Nyembo et Kabongo. Derrière chacun se trouvaient ses partisans, c’est-à-dire sa mouvance.
Les Belges ont alors cherché à en savoir davantage sur le conflit. À la question : « Qui sont ces gens qui se battent ? », la population a répondu : « Ce sont les Baluba de Kasongo à Nyembo contre les Baluba de Kabongo. » Autrement dit : « Ce sont les nobles, ou la mouvance, de Kasongo à Nyembo contre les nobles, ou la mouvance, de Kabongo. »
C’est ainsi que les Belges ont décidé de désigner tout le monde par l’ethnonyme « Baluba ». Ils ont ensuite démembré le prestigieux Nsànga à Lubangu en plusieurs chefferies au Katanga et au Kasaï. Certaines, manipulées par les ennemis, se regardent en chiens de faïence jusqu’à ce jour.
Quant à ceux qui s’étaient éloignés de la vallée du Lualaba pour s’installer au Maniema, au Kivu et dans la Province orientale, tels que les Wagenia, puis à ceux qui étaient partis au Kwilu, au Kwango et au Kongo central, tels que les Yombe, les Belges avaient tout bonnement choisi de supprimer chez eux le nom « Luba ».
Selon le linguiste britannique Johnston, au début de la colonisation, la langue des Luba s’appelait « Ci-Ecyopi », ou « Ciecyopi », dans la classification des langues bantoues. Ce n’est qu’au début du XXe siècle que les noms « ciluba » et « kiluba » ont été fixés pour désigner la langue de nos ancêtres.
Au Katanga, les tribus Sanga, Bemba, Lomotwa, Hemba, etc., étaient appelées « Baluba-Sanga », « Baluba-Babemba », « Baluba-Balomotwa », « Baluba-Hemba », et ce, jusque vers 1945. Les preuves historiques existent. Ce n’est qu’ensuite que le nom « Baluba » leur a été retiré pour réduire la taille démographique de ce grand peuple.
D’une manière générale, il conviendrait de retenir que les ethnonymes de nos quatre communautés ethnolinguistiques du Kongo, à savoir les Bangala, les Baluba, les Baswahili et les Bakongo, ont été fixés et délimités par les colonisateurs. Ceux-ci s’étaient arrogé le droit de nier, de dénaturer et de manipuler la culture des peuples colonisés.
Alors, si certains individus, à la recherche de gloire et de gains financiers, veulent aujourd’hui s’approprier et privatiser l’ethnonyme « luba » à leur seul profit, afin d’empêcher l’union des Luba, il s’agit d’une étroitesse de vue et d’un égoïsme vulgaire fondés sur un matérialisme abject.
Comment peut-on refuser l’ethnonyme « lubà » à ces millions de Luba du Kasaï, porteurs d’une splendide culture véhiculée par le cilubà, l’une des langues les plus riches du monde, sinon la plus riche ? Une langue analogique comptant 35 paradigmes, ou formats de thèmes, capable de développer toutes les sciences connues, jusqu’à l’intelligence artificielle.
Le cilubà du Kasaï, dont les locuteurs se voient dénier leur identité par des personnes malveillantes, est, selon l’auteur, l’une des langues les plus riches et les plus structurées d’Afrique centrale.
Voilà ce qu’il en est du cilubà, la langue d’un peuple que l’on ne voulait pas voir gouverner le Kongo et auquel on cherche aujourd’hui à dénier son identité.
Les Luba sont le cœur du Kongo. Le Kongo est le cœur de l’Afrique. Ceux qui œuvrent au malheur de l’Afrique le savent et s’attaquent au Kongo. Et ceux qui veulent empêcher le Kongo de s’unir et de se relever s’attaquent aux Luba : ils travaillent à empêcher leur union, rempart de l’unité du Kongo.
À suivre.
MUAMBAYI C.
Partagé par le pasteur Gilbert Kongolo Kabasele.
Article importé depuis Afrique Direct News