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LETTRE OUVERTE À VITAL KAMERHE QUI VOUS A INTÉRESSÉ ?

De la responsabilité politique à l’exigence de cohérence Monsieur Kamerhe, Votre récente sortie contre Joseph Kabila appelle une question fondamentale : peut-on réclamer des comptes aux autres sans accepter de soumettre son propre parcours politique au même examen ? Vous avez déclaré être un allié de Félix Tshisekedi. Cette affirmation engage votre responsabilité politique. Être […]

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Joel Konde

14 octobre 2026 · 6 min de lecture

LETTRE OUVERTE À VITAL KAMERHE QUI VOUS A INTÉRESSÉ ?

De la responsabilité politique à l’exigence de cohérence

Monsieur Kamerhe,

Votre récente sortie contre Joseph Kabila appelle une question fondamentale : peut-on réclamer des comptes aux autres sans accepter de soumettre son propre parcours politique au même examen ?

Vous avez déclaré être un allié de Félix Tshisekedi. Cette affirmation engage votre responsabilité politique. Être allié d’un chef de l’État, ce n’est pas seulement partager des ambitions ou des intérêts : c’est aussi assumer, devant le peuple, les conséquences des choix politiques auxquels on apporte son soutien.

Qu’avez-vous dit lorsque la coalition FCC-CACH s’est effondrée ? Quelle position avez-vous défendue lorsque la majorité parlementaire a été reconfigurée en pleine législature, dans des conditions vivement contestées ? Qu’avez-vous dénoncé face aux irrégularités électorales alléguées, alors que les Congolais attendaient de leurs dirigeants le respect des règles démocratiques ? Et quelle a été votre réaction lorsque Joseph Kabila, dans son adresse à la nation du 23 mai 2025, a proposé douze points pour favoriser une résolution pacifique de la crise nationale ?

Votre silence d’hier ne saurait devenir une autorité morale aujourd’hui.

Sur l’affaire des 100 jours, les interrogations relatives à la gestion des fonds publics et aux résultats obtenus demeurent légitimes. Les Congolais ont le droit de comprendre ce que cette initiative leur a réellement apporté, quelles responsabilités ont été établies par la justice et quelles sommes ont éventuellement été restituées. La transparence ne peut être une exigence que l’on réserve à ses adversaires.

Mais c’est surtout votre attitude face au traitement réservé à Joseph Kabila qui interroge. Lorsque les droits de l’ancien président, son statut et ses biens ont fait l’objet de controverses, lorsque sa famille a été confrontée à des pressions dénoncées par ses proches, lorsque la Fondation Mzee Laurent-Désiré Kabila a été sabotée et Kingakati saccagé, en violation du droit de propriété, quelle position de principe avez-vous publiquement défendue ?

Lorsque Joseph Kabila a été condamné par contumace, avez-vous élevé la voix pour rappeler que les garanties judiciaires et les droits fondamentaux ne disparaissent pas avec les divergences politiques ?

On peut combattre les idées d’un homme sans contribuer à la négation de ses droits. C’est précisément dans l’épreuve que les principes démocratiques révèlent leur véritable valeur. Le respect des droits n’est pas une faveur que l’on accorde à ses amis ; c’est une obligation qui s’impose à tous, y compris à ceux que l’on combat politiquement.

Vous avez également été destitué de la présidence de l’Assemblée nationale, dans un contexte de contestations relatives à la transparence de la gestion. Cette séquence, dont les motifs et les responsabilités doivent être appréciés à partir des faits établis, devrait vous conduire à davantage de prudence lorsque vous prétendez distribuer les certificats de bonne conduite politique.

La responsabilité publique exige de la mémoire, de la cohérence et de l’humilité.

Vous revendiquez aujourd’hui votre alliance avec Félix Tshisekedi. Il faut alors aller au bout de cette déclaration et en examiner toutes les implications.

Votre position ressemble davantage à une stratégie de protection de vos biens et des investissements de votre épouse en RDC qu’à une déclaration politique responsable. La défense du patrimoine familial n’est pas une doctrine politique, encore moins une exigence morale.

Cette alliance vous rend comptable, politiquement, des orientations gouvernementales que vous soutenez ou que vous avez soutenues. Elle vous oblige à vous expliquer sur les accusations de mauvaise gouvernance et de détournement des deniers publics, sur les soupçons de rétrocommissions, sur l’exploitation des ressources minières, particulièrement au Katanga, ainsi que sur les conséquences sociales et économiques de l’endettement croissant du pays.

Monsieur Vital Kamerhe, votre position vous oblige également à clarifier votre rapport au projet de changement constitutionnel. Si vous soutenez une telle initiative, au nom de quel principe estimez-vous qu’elle servirait la République ? Où placez-vous la limite entre une révision constitutionnelle conforme aux règles et une entreprise qui fragiliserait l’ordre constitutionnel ? Est-ce ça être patriote pour vous?

Sur le plan sécuritaire, les massacres de civils et les violences persistantes au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri, ainsi que les violences signalées dans d’autres régions, notamment au Katanga, appellent des réponses. Les victimes ont droit à la vérité, à la justice et à la protection de l’État. Votre alliance avec le pouvoir vous oblige à expliquer quelles mesures concrètes vous avez soutenues pour mettre fin à ces souffrances et établir les responsabilités.

Quant à la dette publique, elle ne constitue pas un simple indicateur comptable. Lorsqu’elle augmente sans produire des résultats proportionnels en matière d’infrastructures, d’emploi, d’éducation et de santé, elle fait peser une charge sur les générations futures. Les Congolais sont donc fondés à demander à leurs dirigeants de justifier les emprunts contractés, leur utilisation et leur impact réel sur les conditions de vie de la population.

Monsieur Kamerhe, votre déclaration d’alliance avec Félix Tshisekedi soulève ainsi une question politique majeure : jusqu’où va cette solidarité ?

Êtes-vous simplement son allié politique ou assumez-vous également les conséquences des choix de gouvernance de son pouvoir ?

Car, au regard des critiques adressées au régime, cette alliance vous place face à une série de questions incontournables :

Allié dans la gestion des deniers publics : comment répondez-vous aux accusations de détournements et aux soupçons de rétrocommissions qui entourent la gouvernance actuelle ?

Allié dans le projet de changement constitutionnel : quelle est votre position sur une initiative qui, si elle contournait les limites constitutionnelles et les procédures légales, pourrait constituer une rupture grave de l’ordre républicain, comparable par sa portée institutionnelle à un coup d’État ?

Allié dans la gestion des ressources minières : quelles garanties défendez-vous pour que les richesses du Katanga profitent réellement à la population congolaise ?

Allié face aux massacres et aux violences : quelles mesures concrètes soutenez-vous pour protéger les civils au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, en Ituri et dans les autres régions touchées par l’insécurité ?

Allié dans la gestion des deniers publics et le train de vie des dirigeants : comment justifiez-vous les privilèges et les dépenses publiques au regard de la précarité de millions de Congolais ?

Allié dans le surendettement du pays : comment expliquez-vous l’accumulation des engagements financiers de l’État lorsque les résultats attendus en matière d’emploi, d’infrastructures et de services sociaux restent contestés ?

Ces questions ne constituent pas, à elles seules, des preuves de culpabilité individuelle. Elles expriment néanmoins une exigence démocratique fondamentale : les responsables politiques doivent répondre de leurs choix, de leurs alliances et des résultats de leur action.

Dès lors, votre sortie contre Joseph Kabila apparaît politiquement fragile si elle ne s’accompagne pas d’une même exigence de vérité envers votre propre camp. Elle donne l’impression d’une offensive défensive, au moment où le pouvoir et ses alliés sont confrontés à des critiques croissantes sur leur gestion et à des demandes de reddition des comptes.

De la même manière, Félix Tshisekedi et ses alliés doivent répondre de leurs propres choix, de leurs résultats et des accusations portées contre eux, dans le respect de la présomption d’innocence et des procédures judiciaires.

Au fond, le problème de votre intervention n’est pas que vous critiquiez Joseph Kabila. C’est votre difficulté à inscrire cette critique dans une exigence de responsabilité qui s’applique également à vous-même et à votre partenaire politique.

Joseph Kabila peut être critiqué, comme tout ancien chef de l’État. Mais sa personne, ses droits et son bilan ne sauraient être soumis à une indignation sélective. Celui qui réclame des comptes doit accepter que les mêmes exigences s’appliquent à lui-même et à ses alliés.

Par Gregg Yambo Correspondent sur Afriquedirectnews

Article importé depuis Afrique Direct News