Qui est Ivan le Terrible, cité par Joseph Kabila ? Une référence historique au cœur de son offensive politique
Par Joël Konde Dans son allocution du 9 octobre 2026, Joseph Kabila a évoqué Ivan le Terrible pour dénoncer ce qu’il présente comme une dérive autoritaire du pouvoir congolais. Derrière cette comparaison se trouve une figure historique associée à la centralisation de l’État, aux conquêtes militaires et à la terreur politique. (information.tv5monde.com) Pourquoi cette référence […]
Joel Konde
11 octobre 2026 · 3 min de lecture

Par Joël Konde
Dans son allocution du 9 octobre 2026, Joseph Kabila a évoqué Ivan le Terrible pour dénoncer ce qu’il présente comme une dérive autoritaire du pouvoir congolais. Derrière cette comparaison se trouve une figure historique associée à la centralisation de l’État, aux conquêtes militaires et à la terreur politique. (information.tv5monde.com)
Pourquoi cette référence ? Pour en comprendre la portée, il faut distinguer l’histoire du souverain russe, les accusations de l’ancien président et les interprétations que cette comparaison peut susciter.
Ivan IV : un souverain conquérant devenu symbole de la terreur
Né en 1530 et mort en 1584, Ivan IV Vassiliévitch, connu sous le nom d’Ivan le Terrible, est couronné en 1547. Il est le premier souverain russe à prendre officiellement le titre de tsar. Son règne marque une étape majeure dans la consolidation du pouvoir monarchique en Russie. (en.wikisource.org)
Les premières années sont marquées par des réformes et une expansion territoriale. La conquête de Kazan, en 1552, puis celle d’Astrakhan, en 1556, renforcent notamment la domination russe sur la Volga. En 1549, Ivan réunit le Zemski Sobor, une assemblée consultative des différents ordres du pays, qu’il serait toutefois anachronique de présenter comme un parlement démocratique moderne. (en.wikipedia.org)
Mais son règne prend aussi une dimension répressive. En 1565, il instaure l’opritchnina : un dispositif qui place une partie du territoire sous son administration personnelle, avec des hommes chargés d’imposer son autorité. Confiscations, exécutions et persécutions frappent les personnes soupçonnées de déloyauté. (en.wikipedia.org)
L’un des épisodes les plus sanglants est le massacre de Novgorod, en 1570. Accusée de trahison, la ville subit une répression dévastatrice. Le nombre exact des victimes reste discuté : le chiffre de 60 000 morts ne peut donc pas être présenté comme un bilan établi. (en.wikipedia.org)
Un autre drame marque la mémoire de ce règne : la mort de son fils Ivan, en 1581. Selon la version la plus célèbre, le tsar lui aurait porté un coup mortel lors d’une dispute. Immortalisé par le peintre Ilia Répine, cet épisode reste cependant discuté dans ses circonstances précises. Le tableau illustre un récit historique ; il ne constitue pas une preuve de son déroulement. (en.wikipedia.org)
Pourquoi Joseph Kabila mobilise-t-il cette figure ?
Dans son discours, Joseph Kabila utilise Ivan le Terrible comme une image du pouvoir personnel. Sans nommer directement Félix Tshisekedi, il accuse le chef de l’État de gouverner selon sa seule volonté et de considérer le Congo comme une propriété privée. Il s’agit des accusations de l’ancien président, et non d’un constat neutre. (fr.africanews.com)
Cette comparaison peut être lue à travers trois thèmes. Ces lectures relèvent de l’analyse : elles ne doivent pas être présentées comme trois « messages codés » explicitement formulés par Kabila.
Le premier est la personnalisation du pouvoir. La référence à Ivan évoque un souverain dont la volonté tend à dominer les institutions. Appliquée au débat congolais, elle pose la question des limites du pouvoir présidentiel et du rôle des contre-pouvoirs.
Le deuxième est l’usage de la peur comme instrument de gouvernement. L’opritchnina rappelle les conséquences d’un système dans lequel la suspicion et la répression deviennent des moyens de contrôler la société. Toute comparaison avec la RDC doit néanmoins être étayée par des faits précis.
Le troisième est le risque d’autodestruction politique. Le récit du père frappant son héritier peut symboliser un pouvoir qui compromet lui-même son avenir. Cette lecture est possible, mais rien ne permet de l’attribuer avec certitude à l’intention de Kabila.
Une comparaison qui doit nourrir le débat
Évoquer Ivan le Terrible donne une force dramatique au discours de Joseph Kabila. Mais une analogie historique, aussi frappante soit-elle, ne démontre pas à elle seule la réalité des accusations portées contre un gouvernement.
Le débat doit donc revenir aux faits : respect des libertés, indépendance de la justice, protection des citoyens et contrôle des institutions. La même exigence doit s’appliquer au bilan de celui qui formule ces critiques.
La question essentielle pour la RDC demeure celle-ci : comment garantir que l’État serve les citoyens et que les institutions limitent effectivement le pouvoir de ceux qui le dirigent ?
Article importé depuis Afrique Direct News