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RDC : le message de João Lourenço à Félix Tshisekedi, entre conseil diplomatique et avertissement politique

Par Joël konde Les propos de João Lourenço sur la crise congolaise soulèvent une question essentielle : lorsqu’un président rappelle publiquement à son voisin qu’il faut parler avec ses adversaires pour obtenir la paix, transmet-il simplement une expérience historique ou exprime-t-il une inquiétude devant une stratégie qu’il juge insuffisante ? Dans son entretien à Jeune […]

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Joel Konde

11 octobre 2026 · 4 min de lecture

RDC : le message de João Lourenço à Félix Tshisekedi, entre conseil diplomatique et avertissement politique

Par Joël konde

Les propos de João Lourenço sur la crise congolaise soulèvent une question essentielle : lorsqu’un président rappelle publiquement à son voisin qu’il faut parler avec ses adversaires pour obtenir la paix, transmet-il simplement une expérience historique ou exprime-t-il une inquiétude devant une stratégie qu’il juge insuffisante ? Dans son entretien à Jeune Afrique, publié en février 2025, le président angolais défendait des discussions avec toutes les parties, y compris le M23, en évoquant le parcours de son propre pays. (tribunadeangola.org)

Cette intervention mérite d’être examinée au-delà des formules diplomatiques. En rappelant avoir présenté plusieurs fois l’exemple angolais à Félix Tshisekedi, Lourenço laisse entendre que son plaidoyer pour la négociation était déjà connu du dirigeant congolais. On peut y voir une volonté de rendre publique sa position et d’insister sur l’urgence d’une solution politique. Cela ne permet toutefois pas d’affirmer qu’il accusait explicitement Tshisekedi d’ignorer le danger : cette lecture relève de l’analyse, et non d’une déclaration établie.

L’expérience angolaise offre un enseignement important, à condition de respecter les faits. Les accords de New York, signés en décembre 1988 entre l’Angola, Cuba et l’Afrique du Sud, concernaient notamment le retrait des forces étrangères et le processus conduisant à l’indépendance de la Namibie. Ils ne constituaient pas un accord direct avec Jonas Savimbi. Les négociations entre le gouvernement angolais et l’UNITA ont suivi une autre trajectoire, notamment avec les accords de Bicesse, signés en 1991. (en.wikipedia.org, peacemaker.un.org)

Il serait donc inexact de présenter l’histoire angolaise comme celle d’un pouvoir ayant simplement convaincu Savimbi de déposer les armes, avant de retrouver immédiatement la paix. Les accords successifs n’ont pas empêché la reprise des combats. Savimbi a été tué en février 2002, puis un accord conclu avec l’UNITA a permis de mettre fin à la guerre. Cette précision renforce le débat : le dialogue peut ouvrir une issue, mais sa réussite dépend des engagements pris et de leur application. (c-r.org)

Le message de Lourenço peut ainsi être compris comme un appel au réalisme. Un gouvernement peut contester la légitimité d’une rébellion, dénoncer ses violences et refuser ses revendications tout en cherchant un mécanisme pour arrêter les combats. Parler à un adversaire ne signifie pas nécessairement lui donner raison. Une négociation doit être évaluée selon ses résultats : protection des civils, cessation des hostilités, désarmement et rétablissement de l’autorité publique.

Pour la RDC, l’enjeu dépasse une querelle entre dirigeants. La perspective de voir des territoires durablement administrés par l’AFC/M23 pose la question de l’unité nationale et du retour effectif de l’État. Lorsqu’une autorité armée s’installe, le risque est que la séparation de fait devienne une réalité quotidienne : populations soumises à d’autres règles, services publics fragmentés et liens affaiblis avec les institutions nationales. Une stratégie de sortie de crise doit répondre à cette menace concrète.

La question adressée à Félix Tshisekedi devient alors politique : quelle combinaison de moyens peut permettre de restaurer durablement la souveraineté congolaise ? La défense militaire, les démarches diplomatiques et les discussions politiques doivent être appréciées selon leur efficacité. Un refus de négocier peut traduire une position de principe. Mais il doit aussi s’accompagner d’une solution crédible pour protéger les habitants et mettre fin au contrôle territorial des groupes armés.

Cependant, le dialogue ne saurait devenir une récompense accordée à ceux qui prennent les armes. Les victimes doivent conserver une place centrale, et les responsabilités dans les crimes doivent être examinées. La recherche de la paix ne peut justifier automatiquement l’impunité, les promotions militaires ou le partage des fonctions publiques. Sans garanties, un accord risque d’encourager d’autres acteurs à considérer la violence comme le chemin le plus rapide vers le pouvoir.

Il faut également distinguer les discussions avec les groupes armés d’un dialogue national plus large. Les partis politiques, les organisations citoyennes, les responsables religieux, les femmes, les jeunes et les communautés touchées par la guerre ont des attentes qui dépassent les revendications militaires. Leur participation permettrait de traiter les causes politiques et sociales de la crise. Une rencontre limitée aux détenteurs d’armes pourrait faire taire momentanément les fusils sans reconstruire la confiance nationale.

Pourquoi Lourenço choisit-il donc de rappeler publiquement l’expérience angolaise ? Son intervention peut être interprétée comme un avertissement : une crise prolongée exige des décisions difficiles, et le temps peut consolider les divisions. Mais l’Angola ne fournit aucune recette universelle. La responsabilité de Tshisekedi consiste à définir une voie adaptée à la RDC, avec des objectifs vérifiables. Les Congolais peuvent légitimement demander comment chaque choix rapproche le pays de la paix, du retour des déplacés et du rétablissement de son intégrité territoriale.

Article importé depuis Afrique Direct News