RDC | APRÈS LE DISCOURS DE KABILA, LES COURTISANS SORTENT DU BOIS, MAIS LE DANGER MÉRITE MIEUX QUE DES FLATTERIES !
Par Kinywa Cha M’zee Il y a des moments où le silence des courtisans en dit long, et où leur agitation soudaine en dit davantage encore. Après le discours de Joseph Kabila, un ballet bien connu reprend ses quartiers dans les allées du pouvoir : celui des laudateurs. Postés en première ligne de la flagornerie, […]
Kinywa Cha M'zee
10 octobre 2026 · 5 min de lecture

Par Kinywa Cha M’zee
Il y a des moments où le silence des courtisans en dit long, et où leur agitation soudaine en dit davantage encore.
Après le discours de Joseph Kabila, un ballet bien connu reprend ses quartiers dans les allées du pouvoir : celui des laudateurs.
Postés en première ligne de la flagornerie, ils rivalisent d’ardeur : les uns pour justifier leur nomination, les autres pour protéger leur fauteuil ; certains pour quémander un portefeuille, d’autres pour préserver les miettes de leurs privilèges.
À grand renfort de beaux discours en français châtié, ils tentent de dédramatiser la situation et d’endormir la vigilance au sommet de l’État.
Pendant que ces bateleurs de foire jouent leur partition inspirée du Corbeau et du Renard, la réalité, elle, frappe à la porte avec la brutalité des grands soirs.
Derrière la valse des flatteries, les risques pour la République méritent un examen sérieux.
L’homme qui a pris la parole, Joseph Kabila, n’est pas un acteur politique ordinaire en quête d’honneurs. Il est un ancien chef de l’État, ancien commandant suprême des forces armées, condamné à mort par contumace et visé par des sanctions américaines. Ce parcours et cette situation imposent de prendre ses déclarations au sérieux, sans prétendre connaître les décisions qu’il pourrait prendre.
Lorsqu’il laisse entendre que, s’il était le M23, les choses seraient tout autres sur le terrain, puis durcit aujourd’hui son discours, ses propos soulèvent des interrogations légitimes. Ils ne suffisent cependant pas, à eux seuls, à démontrer qu’un dispositif militaire serait déjà en place.
Les déclarations de Kabila lors de son adresse du vendredi 9 octobre ne doivent être ni banalisées ni interprétées à la légère. Elles appellent les autorités à la vigilance, au renseignement et à la fermeté de l’État, loin du vacarme des fanatiques.
Je ne prétends pas connaître les intentions réelles de l’ancien président, ni affirmer qu’un plan militaire se cache nécessairement derrière ses propos.
Mais je refuse de considérer comme anodin le discours d’un homme sous sanctions américaines, bénéficiant de l’appui d’un collectif d’avocats aux États-Unis, qui affiche un tel niveau de contestation avec autant d’assurance. Cette posture mérite une analyse rigoureuse, sans que l’on puisse en déduire l’existence de garanties ou d’appuis occultes.
Ceux qui choisissent de minimiser ces signaux en riant sous cape risquent de commettre une grave erreur d’appréciation politique et géopolitique.
Le moment choisi, intervenant après la visite d’un panel international, ainsi que la fermeté du ton employé, interrogent également. À mes yeux, ils justifient une vigilance accrue. Ils ne constituent toutefois pas une preuve suffisante pour conclure à un complot d’une envergure nouvelle.
Ce qui inquiète davantage, ce sont les réactions au sein de la population congolaise : celles d’un peuple fracturé face à une situation qui devrait appeler au discernement.
Le discours de Kabila est perçu à travers un prisme binaire, selon les affinités politiques : un verre à moitié plein pour les uns, à moitié vide pour les autres.
Certains applaudissent, d’autres condamnent, et beaucoup semblent oublier une évidence : la sécurité nationale et celle du chef de l’État ne devraient jamais devenir un concours de loyauté partisane.
Comment espérer faire face aux menaces qui pèsent sur la RDC lorsque chaque parole politique est immédiatement transformée en arme contre le camp adverse ?
Comment construire un front républicain lorsque les uns applaudissent sans examiner et que les autres s’indignent sans chercher à comprendre ?
C’est précisément là que réside un danger majeur.
Face aux risques qui pèsent sur la nation, le peuple congolais demeure fracturé, alors qu’il devrait pouvoir se rassembler autour de la défense du territoire, de la sécurité des citoyens et du respect des institutions.
Plus préoccupant encore, certaines réactions peuvent contribuer à banaliser le recours à la force comme moyen de conquête du pouvoir. Il faut cependant distinguer clairement la critique politique, qui relève du débat démocratique, des appels à la violence ou à la déstabilisation.
Monsieur le Président, il est impératif de vous placer résolument au-dessus de la mêlée. Vous êtes le président de la République en exercice.
La charge que vous assumez vous impose de regarder au-delà des provocations, des applaudissements et des règlements de comptes.
Votre responsabilité est de protéger le territoire national, de garantir la sécurité des citoyens et de préserver la stabilité des institutions.
Ne répondez pas à la surenchère par la surenchère. Ne laissez pas les flatteurs dicter votre lecture des événements.
Faites évaluer les menaces par les services compétents, renforcez la vigilance nécessaire et privilégiez une communication institutionnelle maîtrisée. La fermeté n’exclut ni la sagesse ni la retenue.
Dans la politique congolaise, les flatteries peuvent protéger temporairement un poste. Mais elles ne protègent ni les frontières, ni les populations, ni la République.
Il est urgent d’écarter les marchands d’illusions et les courtisans dont la seule boussole est la préservation de leurs privilèges.
L’heure n’est plus aux broutilles politiciennes ni aux analyses cosmétiques. Elle est à la prise de conscience nationale, au renforcement de la sécurité et au rassemblement autour de la patrie.
Ce rassemblement exige aussi que les citoyens puissent exprimer leurs désaccords sans être automatiquement soupçonnés de déloyauté. La cohésion nationale se construit par la confiance, la justice et la responsabilité.
Le temps presse : l’histoire jugera ceux qui ont su reconnaître le danger pendant que les flatteurs chantaient les louanges du pouvoir.
Pour moi, le patriotisme ne consiste pas à applaudir le pouvoir. Il consiste à lui dire la vérité, même lorsqu’elle dérange.
Enfin, l’homme qui a parlé aura peut-être toujours mon respect, mais jamais ma considération. Et je l’assume.
Kinywa Cha M’zee
Mina choka correspondent sur Afriquedirectnews
Article importé depuis Afrique Direct News