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Dialogue national en RDC : l’appel de James Swan à l’inclusivité dérange-t-il le camp Tshisekedi ?

Par Joël Konde Le dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi continue de susciter interrogations et controverses en République démocratique du Congo. Cette fois, le débat prend une dimension internationale après l’intervention de James Christopher Swan, représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies et chef de la MONUSCO, devant le Conseil de sécurité […]

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Joel Konde

3 octobre 2026 · 6 min de lecture

Dialogue national en RDC : l’appel de James Swan à l’inclusivité dérange-t-il le camp Tshisekedi ?

Par Joël Konde

Le dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi continue de susciter interrogations et controverses en République démocratique du Congo. Cette fois, le débat prend une dimension internationale après l’intervention de James Christopher Swan, représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies et chef de la MONUSCO, devant le Conseil de sécurité le 29 septembre 2026.

Contrairement à certaines interprétations, le diplomate onusien n’a pas rejeté le principe du dialogue voulu par Félix Tshisekedi. Il a même salué l’annonce présidentielle. Mais il a insisté sur plusieurs conditions qu’il considère essentielles : une participation suffisamment large, des facilitateurs bénéficiant de la confiance des différentes parties et la possibilité d’aborder en profondeur les principales priorités nationales. (Actualite)

C’est précisément cette insistance sur l’inclusivité qui semble provoquer des réactions au sein d’une partie du camp présidentiel.

Pourquoi l’inclusivité dérange-t-elle ?

James Swan estime qu’un dialogue susceptible de contribuer durablement à la stabilité du pays doit permettre aux différentes sensibilités politiques et sociales de participer au processus. Il a également appelé les autorités et les acteurs congolais à préserver l’espace civique, les libertés fondamentales, la retenue et la tolérance politique. (Actualite)

Cette position rejoint certaines revendications de l’opposition et de la société civile. La Coalition Article 64 (C64), notamment, a salué l’intervention du chef de la MONUSCO et soutient qu’un véritable dialogue national ne devrait pas être organisé selon des modalités déterminées unilatéralement par le pouvoir. (Actualite)

La question centrale devient alors incontournable : jusqu’où le président Tshisekedi est-il réellement disposé à ouvrir le dialogue ?

Le chef de l’État a annoncé un « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État », présenté comme différent des précédentes négociations politiques congolaises. Selon l’approche présidentielle, il ne devrait pas devenir une nouvelle occasion de partage des postes entre responsables politiques, mais plutôt permettre de s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité du pays. (LePotentiel)

Cependant, tant que les modalités concrètes, la composition du comité préparatoire et les critères de participation ne sont pas définitivement clarifiés, les interrogations demeurent.

Réconciliation spirituelle ou véritable ouverture politique ?

La participation du président Tshisekedi à des initiatives de réconciliation et les discours appelant à l’unité nationale peuvent envoyer un signal d’apaisement. Mais ils ne suffisent pas, à eux seuls, à déterminer la nature du futur dialogue.

Pour une partie de l’opposition, la véritable épreuve sera ailleurs : le pouvoir acceptera-t-il une facilitation considérée comme crédible par les différentes parties ? Les acteurs critiques du régime disposeront-ils d’un espace réel pour présenter leurs positions ? Les questions sensibles de gouvernance, de réformes institutionnelles, de sécurité et de libertés publiques pourront-elles être débattues sans restriction ?

Dès lors, présenter dès maintenant le dialogue comme une « tromperie » ou un simple moyen de gagner du temps afin de conserver le pouvoir relèverait d’une accusation politique qui n’est pas établie comme un fait. En revanche, la lenteur et les désaccords entourant la mise en place du processus alimentent légitimement le débat sur sa crédibilité.

Des alliés de Tshisekedi s’en prennent à James Swan

Certains soutiens du pouvoir vont beaucoup plus loin et reprochent directement au chef de la MONUSCO de sortir de son mandat.

Dans une réaction particulièrement sévère circulant dans le débat politique, des proches du pouvoir soutiennent notamment que si James Swan « persiste » à vouloir influencer l’orientation du dialogue définie par le chef de l’État, celui-ci pourrait finalement ne pas avoir lieu.

Ils accusent également le responsable onusien de se comporter comme le « porte-parole » d’une partie de l’opposition et lui reprochent de concentrer son discours sur l’inclusivité politique plutôt que sur l’application des résolutions du Conseil de sécurité concernant la crise dans l’Est.

Ces déclarations constituent toutefois des prises de position politiques et ne doivent pas être confondues avec le contenu juridique du mandat de la MONUSCO.

Que disent réellement les résolutions 2773 et 2808 ?

La résolution 2773, adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité le 21 février 2025, condamne les offensives du M23 dans l’Est de la RDC. Elle demande notamment au Rwanda de cesser son soutien au M23 et de retirer ses forces du territoire congolais. (Digital Library)

La résolution 2808, adoptée le 19 décembre 2025, a quant à elle renouvelé le mandat de la MONUSCO jusqu’en décembre 2026. Elle rappelle également les principes fondamentaux des opérations de maintien de la paix, notamment le consentement des parties, l’impartialité et le non-recours à la force, sauf en cas de légitime défense ou de défense du mandat. (MONUSCO)

Il serait donc excessif de présenter la résolution 2808 comme donnant simplement à James Swan le pouvoir de lancer une guerre contre le Rwanda. La MONUSCO dispose certes de capacités robustes dans le cadre de son mandat, notamment pour protéger les civils, mais leur utilisation reste encadrée par la résolution, les capacités opérationnelles de la Mission et sa zone d’action. (MONUSCO)

Cela n’empêche pas Kinshasa de réclamer avec insistance l’application de la résolution 2773. En juin 2026 encore, la représentation congolaise auprès de l’ONU demandait sa mise en œuvre intégrale, notamment concernant le retrait des forces rwandaises du territoire congolais. (Mission RDC ONU)

Le véritable test sera dans les actes

Au-delà de la polémique entre les alliés du pouvoir et le chef de la MONUSCO, une question demeure : quel dialogue la RDC veut-elle réellement organiser ?

L’appel de James Swan ne revient pas nécessairement à imposer à Félix Tshisekedi les participants ou les conclusions du futur dialogue. Il demande essentiellement un processus inclusif, une large participation et des facilitateurs bénéficiant de la confiance des parties. Cette orientation correspond d’ailleurs à une position déjà exprimée par l’ONU : dans un rapport publié en 2026, le Secrétaire général indiquait que les Nations unies étaient prêtes à soutenir des processus de dialogue inclusifs associant les différentes composantes de la société congolaise. (MONUSCO)

La controverse révèle donc surtout une profonde bataille autour du contrôle du processus.

Pour la présidence, le dialogue doit conserver l’architecture et les objectifs définis par le chef de l’État. Pour plusieurs acteurs de l’opposition et de la société civile, il ne peut être crédible que si ses règles sont négociées et si sa facilitation inspire confiance aux différentes parties.

Entre ces deux conceptions se jouera probablement la crédibilité du futur dialogue.

Les cérémonies de réconciliation, les discours et les déclarations de bonne volonté peuvent préparer le terrain. Mais ils ne permettront pas, à eux seuls, de répondre aux interrogations.

Ce seront finalement la composition du comité préparatoire, le choix des facilitateurs, la liste des participants, l’ordre du jour et la liberté accordée aux différentes sensibilités politiques qui permettront d’évaluer concrètement la portée du dialogue annoncé par Félix Tshisekedi.

Article importé depuis Afrique Direct News