À l’ONU, le Niger poursuit ses accusations contre la France et revendique le contrôle total de ses ressources
Par Joël Konde Le Niger a une nouvelle fois profité de la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies pour défendre sa politique de souveraineté et adresser de sévères accusations à la France. Dans un discours prononcé à New York, le Premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine, a présenté la reprise du contrôle des […]
Joel Konde
30 septembre 2026 · 7 min de lecture

Par Joël Konde
Le Niger a une nouvelle fois profité de la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies pour défendre sa politique de souveraineté et adresser de sévères accusations à la France. Dans un discours prononcé à New York, le Premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine, a présenté la reprise du contrôle des ressources naturelles du pays comme l’un des symboles majeurs de la nouvelle orientation politique de Niamey.
Devant les représentants des États membres de l’ONU, le chef du gouvernement nigérien a notamment placé l’uranium au centre de son intervention. Selon lui, cette richesse stratégique a bénéficié pendant plusieurs décennies aux économies européennes alors qu’une partie importante de la population nigérienne continuait de faire face à des difficultés d’accès à l’électricité.
« L’uranium du Niger a éclairé les villes d’Europe, tandis que nos villes sont restées dans l’obscurité », a-t-il déclaré en substance devant l’Assemblée générale. Il a présenté cette situation comme une injustice historique à laquelle les nouvelles autorités veulent désormais mettre fin. Le compte rendu officiel de l’ONU confirme que le Premier ministre a consacré une partie importante de son intervention à cette question. (UN Transcripts)
La SOMAÏR au cœur du discours sur la souveraineté
Ali Mahamane Lamine Zeine a rappelé que l’État nigérien avait repris en juin 2025 le contrôle de la SOMAÏR, Société des mines de l’Aïr, acteur historique de l’exploitation de l’uranium dans le pays.
Pour Niamey, cette reprise de contrôle représente bien davantage qu’une décision économique. Elle s’inscrit dans une politique plus large visant à renforcer la maîtrise nationale des ressources naturelles.
Le Premier ministre a affirmé que les stocks actuels d’uranium appartiennent au Niger et que son gouvernement entend les commercialiser librement sur le marché international. Il a toutefois précisé que cette commercialisation devait se faire dans la transparence et dans le respect des obligations internationales du Niger en matière de non-prolifération nucléaire. (UN Transcripts)
Le message adressé aux partenaires internationaux est donc clair : Niamey souhaite décider lui-même de la destination et des conditions de commercialisation de ses ressources.
Le Premier ministre a également accusé d’anciens opérateurs étrangers d’avoir laissé derrière eux des équipements rendus inutilisables ou sabotés. Il a affirmé que le Niger avait dû investir environ 30 milliards de francs CFA afin de relancer la production.
Selon lui, cette reprise aurait été réalisée entièrement grâce aux travailleurs, techniciens et ingénieurs nigériens, sans intervention d’experts étrangers. Ces affirmations ont été présentées par le gouvernement comme la démonstration de la capacité du Niger à exploiter lui-même ses ressources. (UN Transcripts)
De lourdes accusations contre la France et l’Ukraine
Le discours a pris une dimension beaucoup plus politique lorsque le Premier ministre a abordé la situation sécuritaire au Sahel.
Niamey accuse depuis plusieurs années la France de chercher à conserver une influence politique, économique et militaire dans la région malgré le retrait de ses forces du Niger. À l’ONU, Ali Mahamane Lamine Zeine est allé plus loin en accusant la France, avec ce qu’il présente comme une « complicité active » de l’Ukraine, de participer à une entreprise de déstabilisation du Sahel central.
Il s’agit d’accusations du gouvernement nigérien, et elles doivent être présentées comme telles : le discours à l’ONU ne constitue pas, à lui seul, une preuve indépendante permettant d’établir la responsabilité de Paris ou de Kiev.
Le Premier ministre a soutenu que certains groupes armés présents dans la région seraient utilisés comme des intermédiaires pour affaiblir les gouvernements sahéliens. Il a affirmé que des groupes qu’il décrit comme des « proxys » seraient positionnés près de la frontière nord-est du Niger et prépareraient des attaques contre des positions militaires et des infrastructures pétrolières nigériennes. (UN Transcripts)
Le ton employé à la tribune de l’ONU a été particulièrement ferme. Le responsable nigérien a averti que son pays se défendrait en cas d’attaque contre ses installations.
Le terrorisme présenté comme un instrument de « recolonisation »
L’une des déclarations les plus fortes de l’intervention concerne l’interprétation même de la crise sécuritaire qui frappe le Sahel.
Pour le gouvernement nigérien, la violence armée dans la région ne peut pas être expliquée uniquement par le terrorisme et l’extrémisme religieux. Ali Mahamane Lamine Zeine a décrit ce phénomène comme une « ingénierie cynique de recolonisation », estimant que les importantes ressources naturelles du Sahel seraient également au cœur des rivalités géopolitiques.
Il a cité l’uranium du Niger, l’or du Mali et du Burkina Faso, mais aussi le lithium, le pétrole et le gaz parmi les richesses qui, selon lui, continueraient de susciter les convoitises de puissances étrangères. (UN Transcripts)
Cette lecture reflète la position politique actuelle de Niamey et de ses alliés sahéliens. Elle reste cependant contestée et ne remplace pas les différentes analyses internationales sur les causes du terrorisme au Sahel, qui évoquent notamment la faiblesse des institutions, les conflits communautaires, la pauvreté, les trafics transfrontaliers, les groupes djihadistes et l’instabilité politique.
L’Alliance des États du Sahel comme nouvelle orientation
Le Niger entend désormais construire une grande partie de sa stratégie régionale avec le Mali et le Burkina Faso dans le cadre de la Confédération des États du Sahel (AES).
Pour Niamey, cette alliance doit progressivement dépasser le simple domaine militaire. Elle doit également permettre une coopération économique, diplomatique et institutionnelle entre les trois États.
Le Premier ministre a présenté cette orientation comme irréversible et comme une réponse à ce que les trois gouvernements considèrent comme l’échec des anciens mécanismes de coopération régionale.
Le Niger veut également montrer qu’il peut financer une partie croissante de son développement grâce à ses propres ressources.
Les revenus provenant du pétrole et d’autres secteurs stratégiques doivent, selon le gouvernement, être orientés vers la sécurité, l’agriculture, l’électrification, l’accès à l’eau, l’assainissement, l’éducation et la santé. Le pays est devenu exportateur de pétrole brut en 2024 grâce notamment à l’oléoduc reliant les champs d’Agadem à la côte atlantique. (UN Transcripts)
Cette stratégie constitue l’un des piliers du discours de souveraineté défendu par les autorités nigériennes.
Niamey affiche ses nouveaux partenaires
Alors que les relations avec la France se sont profondément détériorées depuis le changement de pouvoir de 2023, le Niger cherche parallèlement à diversifier ses partenariats internationaux.
À l’ONU, le Premier ministre a publiquement cité le Togo, la Turquie, le Maroc, la Russie et la Chine parmi les pays considérés par Niamey comme des partenaires et « amis ». Il a également accordé une attention particulière à l’Algérie, saluant son soutien et la coopération engagée dans plusieurs secteurs, notamment l’énergie, la santé, l’éducation, l’agriculture et l’hydraulique. (UN Transcripts)
Cette évolution montre la transformation progressive de la diplomatie nigérienne. Niamey affirme ne pas vouloir remplacer une dépendance par une autre, mais développer des relations reposant sur la souveraineté, la réciprocité et les intérêts mutuels.
Le Niger évoque également Gaza et la réforme de l’ONU
Le discours ne s’est pas limité aux relations avec la France ou aux ressources naturelles.
Le Premier ministre nigérien a également évoqué la situation au Moyen-Orient, exprimant la profonde préoccupation de son pays concernant les souffrances des populations civiles palestiniennes, particulièrement à Gaza. (UN Transcripts)
Le Niger continue par ailleurs de défendre une réforme du système international permettant une représentation plus importante de l’Afrique, notamment au Conseil de sécurité des Nations unies.
Cette revendication rejoint celle portée depuis longtemps par de nombreux États africains, qui considèrent que l’architecture actuelle du Conseil de sécurité ne reflète plus suffisamment les réalités démographiques et géopolitiques contemporaines.
Un discours de rupture avec l’ancien modèle
Au-delà des accusations adressées à la France et à l’Ukraine, l’intervention du Niger à l’ONU révèle surtout la volonté des autorités de présenter leur politique comme une rupture avec plusieurs décennies de relations jugées déséquilibrées avec les anciennes puissances coloniales.
Niamey veut désormais faire de la souveraineté économique le prolongement de sa souveraineté politique.
L’uranium, le pétrole et les autres ressources naturelles deviennent ainsi des instruments centraux de cette stratégie.
Le message défendu par le gouvernement nigérien peut se résumer autour d’un principe : les ressources du Niger doivent prioritairement servir les intérêts et le développement de la population nigérienne.
Mais cette nouvelle orientation sera également jugée sur ses résultats concrets : amélioration de l’accès à l’électricité, création d’emplois, développement des infrastructures, réduction de la pauvreté, sécurité et amélioration des services publics.
À New York, le Niger a en tout cas choisi une tribune mondiale pour réaffirmer sa nouvelle doctrine : ses ressources doivent être contrôlées par le pays et son avenir politique et économique ne doit plus, selon ses dirigeants, être décidé à l’extérieur de ses frontières.
Article importé depuis Afrique Direct News