Affaire Joseph Kabila : pourquoi il ne faut pas confondre réquisitoire et jugement
Par Joël Konde Le débat autour de la procédure judiciaire concernant l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, continue de susciter de nombreuses réactions. Dans les discussions publiques, sur les réseaux sociaux comme dans certains forums, une confusion revient régulièrement : celle entre le réquisitoire du ministère public et la décision rendue […]
Joel Konde
27 septembre 2026 · 5 min de lecture

Par Joël Konde
Le débat autour de la procédure judiciaire concernant l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, continue de susciter de nombreuses réactions. Dans les discussions publiques, sur les réseaux sociaux comme dans certains forums, une confusion revient régulièrement : celle entre le réquisitoire du ministère public et la décision rendue par une juridiction.
Cette distinction est pourtant essentielle. Dans une procédure judiciaire, le procureur ou le représentant du ministère public peut poursuivre une personne et demander au tribunal de prononcer une peine. Mais cette demande ne constitue pas elle-même une condamnation.
Requérir une peine n’est pas condamner
Le principe est relativement simple : le ministère public présente les accusations, développe son argumentation et formule ses réquisitions. La juridiction compétente, après avoir examiné le dossier et entendu les différentes parties, rend ensuite sa décision.
Ainsi, lorsqu’un procureur requiert une peine contre un accusé, cela signifie qu’il demande aux juges de prononcer cette peine. Les juges peuvent suivre entièrement ces réquisitions, les suivre partiellement ou adopter une autre décision selon leur appréciation du dossier et les règles applicables.
C’est pourquoi les mots employés dans le débat public ont leur importance.
Dire qu’un magistrat du ministère public a « condamné » une personne lorsqu’il a simplement requis une peine contre elle revient à confondre deux fonctions différentes de la justice : l’accusation et le jugement.
Le rôle de l’auditeur général
Cette distinction permet de mieux comprendre le rôle joué par l’auditeur général Lucien René Likulia Bakumi dans la procédure concernant Joseph Kabila.
En tant que représentant du ministère public militaire, son rôle consistait notamment à engager ou soutenir les poursuites relevant de ses compétences et à présenter ses réquisitions devant la juridiction compétente.
Il ne lui appartenait donc pas, à lui seul, de déclarer définitivement Joseph Kabila coupable ou innocent.
Cette responsabilité revenait à la juridiction saisie de l’affaire.
Le 30 avril 2025, l’auditeur général près la Haute Cour militaire avait adressé au Sénat un réquisitoire concernant l’ancien chef de l’État, qui bénéficie du statut de sénateur à vie.
La question des immunités parlementaires devait alors être examinée avant que la procédure puisse suivre son cours.
La décision du Sénat
Le 22 mai 2025, le Sénat de la République démocratique du Congo a adopté une résolution levant les immunités de Joseph Kabila et autorisant les poursuites judiciaires.
Cette décision du Sénat ne constituait pas davantage une déclaration de culpabilité.
La levée des immunités permet à la justice de poursuivre son travail. Elle ne signifie pas automatiquement que les accusations formulées contre la personne concernée ont déjà été prouvées devant une juridiction.
Cette distinction est fondamentale dans un État de droit.
Une personne faisant l’objet de poursuites doit pouvoir connaître les accusations portées contre elle, présenter sa défense et contester les éléments avancés par l’accusation.
La juridiction doit ensuite apprécier les arguments et les preuves avant de rendre sa décision conformément à la loi.
Justice et convictions religieuses
Une autre dimension apparaît dans les discussions autour de cette affaire : l’utilisation de références bibliques pour interpréter le rôle des magistrats ou les événements qui les concernent.
Romains 13:4 présente notamment l’autorité comme étant au service du bien et chargée de sanctionner le mal. Deutéronome 16:18 évoque également l’établissement de juges appelés à exercer la justice.
Pour les croyants, ces passages peuvent nourrir une réflexion sur la responsabilité des autorités et sur la nécessité d’une justice équitable.
Cependant, une distinction reste nécessaire entre interprétation religieuse et procédure judiciaire.
Un passage biblique ne permet pas, à lui seul, d’établir juridiquement la culpabilité ou l’innocence d’une personne. Dans une société organisée par des institutions judiciaires, cette question doit être tranchée sur la base du droit, des faits, des preuves et des arguments présentés devant les juridictions compétentes.
Peut-on interpréter un décès comme une punition divine ?
Certains commentaires vont encore plus loin en présentant parfois la mort ou le malheur d’une personne comme une conséquence directe de ses actes ou comme une punition de Dieu.
Une telle affirmation mérite beaucoup de prudence.
Proverbes 26:27 enseigne que celui qui creuse une fosse peut lui-même y tomber. Ce texte peut être compris comme une mise en garde morale contre les conséquences de la malveillance.
Mais l’appliquer automatiquement à un événement précis pour affirmer qu’une personne décédée aurait été directement punie par Dieu relève d’une interprétation religieuse, et non d’un fait démontrable.
Personne ne devrait donc transformer une tragédie humaine en preuve automatique de culpabilité morale ou politique.
Le débat doit rester sur les faits
Les désaccords autour de Joseph Kabila peuvent être profonds. Certains Congolais soutiennent les poursuites engagées contre lui, tandis que d’autres les contestent ou demandent que les accusations soient rigoureusement démontrées.
Ces différentes positions font partie du débat public.
Mais ce débat doit commencer par une présentation exacte des faits et des responsabilités institutionnelles.
Un procureur poursuit et requiert. Un avocat défend. Une juridiction examine les accusations et rend une décision.
Confondre ces responsabilités alimente inutilement les tensions et peut conduire le public à tirer des conclusions erronées.
Les menaces, les insultes et les accusations personnelles ne remplacent pas davantage le travail de la justice.
Conclusion
L’affaire concernant Joseph Kabila soulève des questions politiques, judiciaires et même religieuses particulièrement sensibles en République démocratique du Congo.
Mais un principe doit rester clair : un réquisitoire n’est pas un jugement.
Lorsqu’un représentant du ministère public demande une peine, il exerce une fonction d’accusation. La décision appartient à la juridiction compétente, qui doit examiner les faits et respecter les droits de la défense.
Dans une démocratie, la justice ne devrait être remplacée ni par les passions politiques ni par les condamnations prononcées sur les réseaux sociaux.
Quelle que soit l’opinion que chacun peut avoir sur Joseph Kabila, Lucien René Likulia ou les institutions congolaises, une règle demeure essentielle : les accusations doivent être examinées sur la base des faits, des preuves et du droit, et la décision finale appartient à la justice.
Article importé depuis Afrique Direct News